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27/04/2008
Etes-vous, vous aussi, solidaire de la cause tibétaine ?
« Il faut être solidaire du Tibet » me disait cette voisine motivée. Je lui expliquais que je n’avais pas le moindre souci pour ce faire et que la cause des peuples était effectivement une chose motivante. Celle-ci était entendue, il fallait soutenir la Tibet !
Mais comment faire ? Un drapeau, une pétition ? Je décidais plutôt de boycotter certains produits chinois dans ma logique d’achat local déjà évoquée ici et je m’en faisais le porte-parole auprès des voisins tibétophiles. Pas de soucis, ils allaient voir ce qu’ils allaient voir et si tous les consommateurs du monde voulaient se donner le mot, la cause serait entendue.
Pendant ce temps, le gouvernement gouvernait et je fus surpris de découvrir que la convention pour la promotion de la langue française aux Jeux Olympique mentionne BEIJING et non Pékin. Cela commençait bien ! Un recul sémantique, un !
Les Francophones allaient donc mettre en avant le nom mandarin de la capitale chinoise au détriment du nom français.
Ce n’était qu’un début, la lutte continuait et je retrouvais mes voisins rentrant de leur magasin de sport équipés de la tête aux pieds pour profiter des grands jours de soleil.
Shorts, baskets et un fameux tee-shirt qui élimine la transpiration. J’évoquais ma lutte contre le Tibet. La famille se sentait solidaire jusqu’à ce que nous parlions jogging. Non, pas celui de Nicolas S, mais le leur avec leurs nouveaux équipements. Une question banale en fait. Il est fait où ce super tee-shirt « révolutionnaire ». Un regard sur l’étiquette : « Made in China ».
Comme aurait dit San Antonio, un ange passa, auréolé de la bannière tibétaine.
09:40 Publié dans Alsace | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : tibet, consommation, libre, solidarité, jo, strasbourg, alsace
Commentaires
La solidarité devrait s'arrêter à nos frontières, prenez les pauvres restaurateurs qui demandent la régularisations de leurs clandestins, n'est-ce pas émouvant? Peut-on faire un geste? Si oui, lequel? Il faut aider les restaurateurs qui sont menacés par la faillite si on leur enlève les travailleurs illégaux. Comme c'est triste, enfin moi je suis prêt à verser une larme… de cognac, mais une larme tout de même.
Ecrit par : leplatane | 28/04/2008
Je ne peux etre solidaire de cela
Le dalaï-lama et l’honneur nazi
laurent dispot rédacteur à la Règle du jeu.
QUOTIDIEN : vendredi 25 avril 2008
En juillet 1938 (anniversaire en 2008), un SS champion d’alpinisme est vainqueur de la face nord de l’Eiger, en Suisse : une «première». Il s’appelle Heinrich Harrer. Le récit de son exploit, et sa photo avec Hitler, sont aussitôt diffusés massivement en Europe et dans le monde par la machine de propagande de Goebbels.
Il s’est inscrit à la SA en 1933, à la prise de pouvoir par Hitler (trois quarts de siècle en 2008). Passé à la SS, il est un favori du Reichsführer Heinrich Himmler.
Quelques mois après, autre «première» : ses camarades SS et lui-même sont vainqueurs des synagogues brûlées et des familles juives terrorisées, sur tout le territoire de l’Allemagne, lors de ce qu’ils nomment par dérision «la nuit de Cristal», le 9 novembre 1938.
Pendant que les Juifs passent à la nuit et au brouillard, Harrer est investi d’une mission par Hitler et Himmler en personnes : s’infiltrer au Tibet, en accord avec les ministres régents du dalaï-lama enfant, pour devenir précepteur de celui-ci. En pleine guerre d’agression contre la Chine de l'allié japonais des Nazis, il s’agit de conquérir Lhassa comme nœud stratégique sur l’axe Berlin-Tokyo.
2008 est l’anniversaire de la «reconnaissance» par Hitler en 1938 de la stratégie de morcellement de la Chine menée par le Japon. Autrement dit la Mandchourie occupée par l’envahisseur fasciste.
Heinrich Harrer a accompli sa mission de confiance hitlérienne, malgré la défaite militaire de1945, en la transformant en un logiciel pseudo «spirituel» installé dans des têtes affamées de servitude.
Son rapport de mission, Sept ans au Tibet, était bourré de mensonges grossiers et de fascination pour le «Führerprinzip» impitoyable du théocratisme lamaïque. Il a été transformé en film de propagande mondiale, en 1997, par le cinéaste français Jean-Jacques Annaud. Sept ans au Tibet, produit à Hollywood n’était qu’un «Bienvenue au nazi chez les Tibétains» avec dans le rôle du «gentil SS» un Brad Pitt aux cheveux très blonds, aux yeux très bleus, assorti de tout plein de beaux drapeaux à croix gammée.
A la mort de Harrer en 2006, et encore ces jours-ci, le dalaï-lama a diffusé de ce SS une apologie sans réserves : c’est-à-dire sans les mots «nuit de Cristal», «Himmler», «Hitler», «Juifs». Où qu’un SS ait été en mission, il était à Auschwitz. Il n’y a pas de «voie médiane» entre les Juifs martyrs dès 1938 et le champion nazi de 1938 encensé par le dalaï-lama en 2008.
L’«Océan de Sagesse» ne doit pas servir à noyer le poisson de la mémoire et de l’histoire : à relancer en contrebande le «Hitler connais pas» et «la Shoah détail de la Seconde Guerre mondiale». Le négationnisme n’est pas soluble dans les neiges éternelles. Le maître (spirituel) a eu ce maître (d’école). Il lui reste fidèle. Il y met son honneur. Sur le ceinturon des SS figurait la devise : «notre honneur est notre fidélité». Le dalaï-lama met, depuis soixante ans, son point d’honneur à ne pas parler de la mission au Tibet confiée en 1938 à son précepteur par Hitler et Himmler, ni des motifs mystiques, racistes et stratégiques de cette mission.
Il pourrait invoquer son enfance, regretter d’avoir été manipulé par un plan des nazis et de leurs alliés japonais : ceux qui violaient Paris, Oradour, Tulle ; ceux qui violaient Nankin. Au lieu de cela, il traite la destruction des Juifs d’Europe de rétribution, forcément juste, de fautes antérieures : il jette la Shoah à la poubelle du «karma». Et il ne cesse de ressasser son remerciement à un SS d’avoir été son «initiateur à l’Occident et la modernité» .
En acceptant ce discours, des Occidentaux et des modernes se font citoyens du déshonneur.
http://www.liberation.fr/rebonds/323085.FR.php
© Libération
Ecrit par : Gauche Strasbourgeoise | 29/04/2008
S'il me fallait une raison d'être solidaire des Tibétains, ce tissu d'ânerie de Laurent Dispot me suffirait. Ce cocktail d'anachronisme (la décision de la Shoah est prise à Wannsee en 1941, je crois) et de moralisme à deux balles est d'autant plus consternant que l'intéressé est capable de faire beaucoup mieux que cela. Notamment un excellent texte (qui aurait été parfait sans la tentative rituelle de pisser sur Heidegger et Jünger, comme ça, au passage) qui devrait aller droit au coeur de tout partisan du bilinguisme français-allemand :
"Germanique ta mère !
Laurent Dispot rédacteur à la revue la Règle du Jeu.
QUOTIDIEN : mercredi 26 décembre 2007
Bernard Kouchner - le 10 décembre sur France Inter, interrogé à propos de l’arrivée le jour même à Paris du colonel Kadhafi - s’en est pris soudain à un mot qui n’avait pourtant pas été prononcé, «Realpolitik» : «C’est pas de la Realpolitik, ce mot germanique violent», a dit le ministre des Affaires étrangères. Ces deux épithètes, énoncées avec un mépris agressif et théâtral, s’entendaient comme synonymes, associées en pléonasme : «germanique» serait forcément «violent». Il se trouve que ce mot n’est pas du tout germanique ; et cela souligne d’autant mieux ce qu’a ici de «violente» l’attaque antigermanique. «Real» est du latin, «Politik» est du grec.
Realpolitik est entendu en allemand comme un mot français importé. Le théoricien de la Realpolitik, Machiavel, est italien. Son premier disciple déclaré est un Français : Richelieu. L’auteur de l’Anti-Machiavel, rédigé en français, est un Allemand : Frédéric II de Prusse. Le premier bombardeur d’une ville par Realpolitik de terreur sur des populations civiles fut Louis XIV : contre Heidelberg, innocente et martyre. Ce sont les Français, par Napoléon, qui ont violemment injecté aux Allemands le virus du nationalisme, de l’agression et du pillage maquillés en idéologie, de la guerre totale (voir Clausewitz). A quoi une femme, haïe du dictateur militaire, a opposé un De l’Allemagne comme modèle de douceur intelligente et civilisée, de création culturelle, d’idéalisme : Mme de Staël, bien prénommée Germaine. La fille de ce Necker au nom prussien pour lequel le peuple de Paris s’était soulevé lors d’un certain 14 juillet. Ces affaires semblent étrangères à ce ministre : la fête nationale de son pays serait donc vouée à un nom «germanique violent».
La mentalité «antiboches» couvre une période restreinte dans l’histoire des Français, 1870-1950 ; leur ennemi séculaire étant l’Anglais ou l’Espagnol. Pourquoi soudain y recourir sur ce ton énervé ? Pourquoi cette régression dans l’agressivité ? Pour signaler que l’adversaire ne serait pas Kadhafi, mais le gouvernement allemand, son impudence : il aurait la force tranquille de se faire le champion à la fois des marchés et des droits de l’homme, pendant que l’agitation française perdrait pied sur les deux. Du coup, haro sur le bouc émissaire du «germanique», gène de «violence» : la langue ? Ce qui pointe est la «race». Je rappelle que ce ministre, à partir de juillet, devrait présider l’Union européenne.
L’allemand est la langue de naissance de la psychanalyse et du sionisme. «Germanique violent» est une atteinte à la mémoire de Theodor Herzl et à l’infini de bonheur et d’honneur de Sigmund Freud, comme juif et comme Germanique, indissolublement, lorsqu’il reçut le prix Goethe de la ville de Francfort.
Le yiddish, grande langue commune d’Europe, était l’allemand de presque tous les Juifs assassinés dans la Shoah. La majorité des noms sur les murs des Noms du Mémorial de la Shoah à Paris sont germaniques ; j’y lis celui de ma grand-mère maternelle : Faust. Bernard Kouchner n’entend même plus son propre nom. Le travail historien antinazi se fait dans la langue même des hitlériens, celle qu’ils déniaient aux Juifs qui souvent la parlaient et l’écrivaient tellement mieux qu’eux.
La baisse massive de l’apprentissage de l’allemand en France est un drame pour l’avenir de l’antinazisme. «Je ne veux pas que mon enfant apprenne cette langue de nazis», tranchent des parents d’élèves qui se croient politiquement corrects ; c’est à l’Etat, à l’Europe, à la Fondation pour la mémoire de la Shoah, de leur expliquer leur erreur : il s’agit de la langue des juifs d’Europe, pas celle d’abord de leur destruction. On demande une Realpolitik du sauvetage de l’allemand en France. Parler de «germanique violent» est un coup de poignard cruel dans le dos des professeurs d’allemand.
Seule la connaissance intime, passionnante et dépassionnée de l’allemand permet de résister à la fascination-fascisation de Heidegger et Ernst Jünger. Et en même temps, aucun argument au monde ne justifie qu’un Juif-Allemand (deux majuscules et un tiret) se trouve stigmatisé pour son accent comme l’est dans le film de Kubrick Dr Folamour, Heinrich dit Henry Kissinger, arraché à 15 ans en 1938 à son club de football de Fürth, et qui a perdu plus de dix membres de sa famille dans les camps de la mort.
Le «racisme linguistique» est une saloperie antieuropéenne. Surtout l’antigermanique : il nourrit l’humiliation des Flamands. Le fanatisme jacobin barbare et imbécile de Barère et Grégoire voulut guillotiner les langues autres que le français. Il était encore ânonné par Pompidou en 1972 : «Il n’y a pas de place pour les langues et cultures régionales dans une France qui doit marquer l’Europe de son sceau.»
Le résultat : on a mutilé le cadeau extraordinaire pour l’Europe et pour la France qu’est le bilinguisme alsacien, saccagé ces chances très matérielles, commerciales, industrielles, autant que culturelles. En 1918, plus de 80 % des Alsaciens parlaient leur vraie langue germanique. Quelle perte ! Une catastrophe écologique. Un hara-kiri économique. Promouvoir le bilinguisme en Alsace et en Flandres française est aujourd’hui le plus rentable des investissements, un formidable levier européen pour la puissance de paix et de prospérité. C’est un vecteur à tous coups gagnant de l’«agir local, penser global», la formule à la fois éthique et technique de la mondialisation. Ras le bol définitif de la haine entre les langues d’Europe ! A qui se la rejoue tsar du jacobinisme, on peut crier : «Vive le flamand, Monsieur ! Vive l’alsacien ! Vivent les langues germaniques !»
C’est la criminalisation du mot «germanique» qui est elle-même un crime contre l’Europe. Vienne le temps, sonne l’heure où à «germanique» ne sera plus associé «violent», mais : «cette immense recharge disponible au centre de l’Europe» (Julien Gracq). Non, rien n’oblige à s’habituer à voir, d’un côté, le courage, la sobriété, la résolution, l’endurance, la persévérance, la longue durée, la conquête des marchés avec le même euro fort, et, de l’autre, l’hystérie, le bavardage, le n’importe quoi, le narcissisme, l’autoenivrement, la courte vue, les crisettes anti-Banque centrale, les grands écarts et doubles jeux qui n’obtiennent ni le beurre ni l’argent du beurre (et encore moins le chose de la crémière).
Ce qui est violent en ce moment est le simulacre de «Realpolitik», irréaliste et antipolitique, qui installe un double cordon sanitaire contre la Russie : dispositif de «guerre des étoiles» en Pologne, retour à un mur de Berlin par extension de l’espace Schengen.
On n’a pas assez vu que l’agression de Donald Rumsfeld contre «la vieille Europe», c’est-à-dire contre la France et l’Allemagne fonctionnant en couple de forces efficace, avait eu lieu en 2003, au 40e anniversaire du traité d’«amitié» franco-allemand de 1963. C’est cette «amitié» qui est bafouée par la foucade étrange et inquiétante du ministre Bernard Kouchner. Au plus mauvais moment : celui où le magazine Time, en rêvant éveillé à une «mort de la culture française» - comprendre : européenne -, tente de compenser la défaite de Rumsfeld en déplaçant son «diagnostic» dans le champ d’un choc des cultures. Le franco-allemand est le «premier moteur» (Aristote) de la Realpolitik européenne.
http://www.liberation.fr/rebonds/300273.FR.php
© Libération"
Ecrit par : denis l. | 11/05/2008



